
EDITO

REFLEXIONS SUR LA REFORME DE L’ETAT
Par
Jean-André Tsimaratos
INTRODUCTION
La réforme
de l’Etat est, depuis les années 1990, l’un
des objectifs prioritaires de tous les Etats de l’Union
européenne.
Cependant, la conjonction
de facteurs aussi divers que, la complexité de la tâche,
les rivalités politiques, les résistances culturelles
et last but not least des conjonctures économiques
et budgétaires laissant, souvent, très peu de
marges de réallocations des crédits en fonction
des nouvelles architectures qui auraient découlées
de ces réformes, ont eu raison de la plupart d’entre
elles
Mais que recouvre
la notion de réforme de l’Etat ? S’agit-il
de réorganiser les structures administratives et territoriales
? De restructurer et redéfinir le périmètre
des missions des institutions de l’Etat (ministères,
organismes publics, services publics, administrations territoriales
etc.) ? De « réingénieurer » le
fonctionnement des institutions de l’Etat et des services
publics ? D’avoir recours aux nouvelles technologies
de l’information pour introduire dans l’administration
de l’Etat l’outil défini comme la e-administration
? Ou bien s’agit-il de tout cela en même temps
?
Notre réflexion
se concentrera essentiellement sur la restructuration et la
redéfinition du périmètre des missions
des institutions de l’Etat, ainsi qu’à
la « réingénieurie » de leur fonctionnement.
A notre sens, la e-administration n’est qu’un
outil qui aurait dû être mis en place et qui le
sera, en tout état de cause. Elle sera donc prise en
considération en tant que telle et non pas en tant
qu’une solution spécifique de réforme.
L’HISTOIRE
Il existe depuis
toujours deux cultures fondamentales de l’organisation
et du fonctionnement de l’Etat. L’Anglo-saxonne
d’une part et la continentale ou latine d’autre
part. Ces deux cultures ne sont pas tout blanc ou tout noir.
On retrouve des éléments de l’une dans
l’autre et vice versa. Mais ce qui les différencie
fondamentalement est que l’Anglo-saxonne privilégie
le résultat financier alors que la continentale privilégie
la notion du service public à tout prix.
Cependant, jusque
dans les années 60, l’une comme l’autre
faisait appel, plus ou moins, aux mêmes méthodes
et techniques. L’arrivée de Mc Namara, PDG de
Ford, au Pentagone, appelé par John Kennedy, marque
le départ d’une ère nouvelle dans le secteur
public, par l’introduction, dans ce secteur, de méthodes
de gestion en service dans les entreprises du secteur concurrentiel.
Mc Namara estime
que pour maîtriser les dépenses du Pentagone
et surtout pour s’assurer de l’utilisation rationnelle
des crédits budgétaires, il convient de lier
les crédits aux projets de manière transversale
et d’abandonner le système des crédits
centralisés par nature de dépenses. La méthode
du PPBS (Planning, Programming and Budgeting System) est mise
au point et sert à la préparation et à
l’exécution du budget de la Défense des
Etats-Unis. Paradoxalement, c’est la France qui emboîte
le pas en lançant, dans la même période,
un système analogue intitulé RCB (Rationalisation
des Choix Budgétaires)
De 1960 à 1980, toutes les administrations dans les
pays industrialisés se lancent dans des expériences
qui visent toutes la rationalisation de la gestion des administrations
publiques. L’inflation budgétaire de ces Etats
due à l’accroissement des obligations du service
public, entraîne l’augmentation des prélèvements
obligatoires dont la pression sur les contribuables devient
intolérable. Le mouvement du balancier en sens inverse
s’amorce.
Les conservateurs
menés par Margaret Thatcher sont portés au pouvoir,
au début de 1980, sur la base d’un programme
fondé sur la réforme profonde de l’Etat.
Moins d’Etat est le slogan, mais aussi la pratique qui
va dominer la vie politique du Royaume-Uni pendant tout le
long règne des conservateurs. La réussite de
cette politique amène les travaillistes à se
doter d’un chef, Tony Blair, et d’un programme
lui aussi fondé sur le principe du moins d’Etat
pour revenir au pouvoir. Les succès économiques
du Thatchérisme, conduisent plusieurs pays à
suivre l’exemple britannique. L’ère du
libéralisme bat son plein.
Pendant que les
Britanniques portaient au pouvoir Margaret Thatcher et sa
politique libérale les Français élisaient
François Mitterrand et le « Programme Commun
» Mais ce qui est remarquable, est que les socialistes
français qui pratiquaient, au début du moins,
une politique économique aux antipodes du libéralisme
de Margaret Thatcher mettaient en œuvre la première
loi de décentralisation de l’Etat. En revanche,
le gouvernement ultra-libéral britannique refusait
de s’engager dans la régionalisation de l’Ecosse,
accordé presque deux décennies plus tard, par
le gouvernement travailliste de Tony Blair.
Au cours de ces
quarante années, malgré les inévitables
aller-retour du balancier, la tendance dominante se révèle
être celle qui vise à restreindre l’interventionnisme
étatique pour le limiter à ce que sont ses missions
dites régaliennes. La chute du Mur de Berlin, accompagnée
par l’effondrement de l’empire soviétique
et l’adhésion de la Chine à l’économie
du marché, a mis un terme aux particularismes doctrinaires
de gouvernance, qu’imposait l’appartenance des
partis aux pouvoirs à la gauche ou à la droite.
Force est de constater
que les gouvernements de gauche comme de droite, se retrouve
sur la nécessité de réduire le rôle
de l’Etat et de libéraliser le marché
économique. Ce point de rencontre a permis de faire
évoluer la Communauté Economique Européenne
d’abord vers un Marché Unique de conception libérale
et ensuite vers une Union européenne confortant cette
conception. Il est à noter que les deux pays artisans
de cette évolution sont la France Mitterrandienne et
socialiste et l’Allemagne de Kohl et libérale.
Les mots d’ordre
aujourd’hui, en matière de gouvernance, sont
:
- Le transfert
des pouvoirs de décision au plus près du citoyen
ce qui ne peut être atteint que par la décentralisation.
- Le recentrage de l’Etat à ce qui est le cœur
de son activité, à savoir ses missions régaliennes.
Ce concept devrait conduire au dessaisissement de l’Etat
de toutes les tâches qui ne relèvent pas de ses
missions.
- La maîtrise des dépenses de l’Etat, par
le transfert de tout ce qui ne relève pas du cœur
de son activité au secteur concurrentiel, d’une
part, et par le recours aux nouvelles technologies de l’information,
d’autre part.
ETAT
DES LIEUX A L’AUBE DE 2004
En ce début
de 2004, en France, il appert que, si des progrès ont
été réalisés dans le domaine de
la décentralisation comme dans celui des retraites,
beaucoup pour ne pas dire tout reste à faire dans les
domaines du recentrage et de la maîtrise des dépenses
de l’Etat.
Les causes en sont multiples. Cependant, trois nous paraissent
peser lourdement sur l’inertie constatée :
- La volonté
politique n’est pas perçue par l’opinion
publique comme étant déterminée et inflexible
- La résistance de la fonction publique au changement,
qui trouve un écho sympathique auprès de l’opinion
publique.
- Le recours aux nouvelles technologies de l’information
dans un contexte d’organisation du travail immuable.
Analysons chacune
de ces causes pour comprendre leur raison d’être
et proposer les moyens pour les surpasser.
La
volonté politique
La volonté
politique de réformer l’Etat a été
maintes fois réaffirmée par les gouvernements
successifs pendant la période considérée.
Quelques projets ont été menés à
terme, plusieurs n’ont pas été achevés
et les plus importants n’ont même pas été
abordés.
Cependant, l’absence
d’un plan cohérent de l’ensemble des réformes
qui permettrait de projeter une vision claire de l’architecture
de la société qui découlerait de la mise
en œuvre des réformes autorise l’exploitation
des craintes légitimes de l’opinion publique
fondée sur l’incertitude.
La valse hésitation
des gouvernements face à la résistance au changement,
organisée par les bénéficiaires des droits
acquis renforce le sentiment populaire que ces réformes
ne sont pas suffisamment réfléchies et, peut-être,
même pas nécessaires.
Des convictions
doctrinales empêchent souvent les responsables politiques
d’aller jusqu’au bout de ce qui doit être
fait, afin de ne pas heurter l’image du parti auquel
ils appartiennent. Pire encore, l’opposition à
ces réformes est brandie par certains pour servir leurs
ambitions personnelles.
Bref, la conjonction
des opportunismes politiques et des corporatismes nés
des droits acquis semble l’emporter sur la volonté
politique. Pour paraphraser une célèbre phrase
prononcée par Winston Churchill à l’occasion
de la bataille d’Angleterre « jamais un aussi
petit nombre n’aura empêché un si grand
nombre de vivre dans un monde meilleur demain »
La
résistance au changement
Le phénomène
n’est pas surprenant et n’est pas particulier
à la France. Certes, dans les pays de culture anglo-saxonne
le civisme et l’attachement à tout ce qui représente
la légitimité institutionnelle rend le changement
plus facile. De plus, dans ces pays, le sens des droits du
consommateur et des devoirs des prestataires de service est
tellement développé qu’il est inimaginable
que l’opinion publique puisse adhérer de manière
constante et longtemps à des revendications corporatistes.
La manière avec laquelle le gouvernement Thatcher s’est
imposé lors des longues grèves des puissantes
centrales syndicales au début des années 80
est éloquente à cet égard. Elle est démonstrative
de ce qu’est la volonté politique et participe
au succès et à la longévité de
son règne. Malgré toutes les critiques, cet
exemple comme d’autres dans les pays de ce type de culture
(Canada, Suisse par exemple) mérite d’être
médités par les hommes politiques des pays à
culture latine.
En France, ce qui
est le plus frappant est l’adhésion de l’opinion
publique aux revendications corporatistes malgré tous
les inconvénients que celles-ci peuvent représenter
dans la vie courante.
D’une manière générale, la défiance
que ressentent les citoyens à l’égard
des institutions gouvernementales les amène à
considérer que les responsables de leur malheur sont
les politiques et non pas les corporations. Cet état
d’esprit explique comment des centrales syndicales beaucoup
moins puissantes que celles du Royaume-Uni parviennent à
s’imposer plus facilement lors de leurs bras de fer
avec les gouvernements. C’est aussi la raison pour laquelle
l’opinion ne perçoit pas la volonté politique
et la longévité des gouvernements est si courte.
Une autre cause de la force de résistance au changement,
est celle que représente le statut d’immuabilité
des fonctionnaires, notamment aux échelons le plus
élevés. La caractéristique de ce statut
répond parfaitement à la mentalité française
qui privilégie la sécurité de l’emploi
avant le risque de l’innovation. Aussi, n’est-il
pas étonnant de retrouver dans le secteur concurrentiel,
le même souci de garantie des emplois représenté
par les CDI et toutes les chicanes empêchant les entreprises
d’adapter aisément et rapidement leurs besoins
en ressources humaines en fonction de leur production.
Enfin, comment
conduire la réforme de l’Etat, lorsque l’état
major de l’appareil qui doit l’impliquer s’y
oppose.
Le
recours aux nouvelles technologies
Rien d’exceptionnel
que de constater que les administrations publiques ne mettent
leurs outils de travail, voir leurs méthodes de travail,
à niveau comme les entreprises du secteur concurrentiel.
Ceci a été le cas depuis que les administrations
publiques existent.
Cependant, la nature
et le concept des outils technologiques développés
depuis dix ans sont totalement différents de ceux qui
présidaient la construction des outils produits avant
cette période. Par ailleurs, l’évolution
de ces outils est beaucoup plus rapide que par le passé
et s’accélère de jour en jour.
Essayons d’examiner
de plus près les changements précités
et leurs conséquences :
- En premier
lieu, chacun des outils est interdépendant de l’autre.
Il ne s’agit pas en fait de traiter une tâche
après l’autre mais de les relier entre elles
afin de les maîtriser en ayant une vue globale d’une
ou plusieurs opérations faisant partie d’une
même mission.
- Ce n’est plus l’outil qui est le facteur prépondérant
de la gestion et de la production, mais le système
dans lequel il s’inscrit. Il en découle, que
les choix doivent porter sur les systèmes et non plus
sur les outils. C’est le système qui demeure
pérenne, alors que les outils peuvent être modifiés
ou remplacés très rapidement en fonction de
l’évolution des besoins ou de leur mise à
niveau. Enfin, ce sont les propriétés des systèmes,
par rapport aux besoins à satisfaire ainsi que leurs
coûts, qui doivent déterminés les choix
et non pas les outils.
- Les systèmes permettent le partage de la connaissance
sans limites géographiques. Il n’est plus nécessaire
de regrouper les fonctions et les personnes travaillant ensemble
dans un même lieu. Il est donc possible de repenser
l’organisation en fonction des disponibilités
des ressources régionales.
- S’agissant de systèmes, il n’est plus
question de se contenter de solutions toutes prêtes.
Les systèmes doivent s’adapter comme un gant
aux besoins à satisfaire et sont par conséquent
paramétrables. Leur base et leur concept, notamment,
constituent le noyau dur mais leurs fonctionnalités
doivent être toutes « customisés »
- La mise au point de ces systèmes exige de grandes
compétences diversifiées, en raison du nombre
de domaines concernés, et une grande expérience
de gestion. Aucune administration ne peut se permettre de
disposer en son sein de la totalité de ces expertises.
Le recours à des compétences externes devient
nécessaire. Par ailleurs, le coût de ces systèmes
rend nécessaire l’innovation en matière
de financement, d’autant que l’évolution
des systèmes et quasi permanente à la fois du
point de vue technologique que de celui des besoins exprimés
par les clients.
La conclusion qui
s’impose de ce qui précède est que, malgré
les progrès incontestables réalisés,
la cohérence des solutions mises en œuvre n’est
pas évidente et la qualité des services rendus
très inégale. L’absence d’un plan
d’ensemble en est sans doute la cause, mais aussi l’absence
d’une politique globale en matière de couverture
et de commercialisation des réseaux WEB.
Le document sur l’e-administration de Hervé Azoulay,
qui est joint en annexe, pointe les carences constatées.
Mais comment y remédier, quand l’implantation
de l’Internet à haut débit et prioritairement
installé dans les zones fortement urbanisées
et industrialisées, délaissant les zones rurales
qui ont le plus besoin de se rapprocher des centres de décisions.
L’Internet à haut débit reste, pour les
citoyens de ces zones, le seul moyen économique et
rapide pour réaliser ce rapprochement.
Une autre question
importante, qui ne semble pas être abordée par
les différents rapports ou alors insuffisamment, est
de savoir comment réussir la décentralisation
administrative, en s’assurant de l’indispensable
coordination entre le Centre et les Régions, sans faire
massivement appel aux nouvelles technologies de l’information.
Il est regrettable
de constater que la partie de la réforme qui pourrait
être le plus facilement et le plus rapidement mise en
œuvre, à savoir celle liée aux systèmes
de gestion et de communication, prenne autant de retard en
raison de la difficulté de réformer le processus
décisionnel des administrations publiques. En France,
particulièrement, la notion de communication est liée
à la personne du Chef et non pas à celle de
la Mission de l’administration concernée.
Que
faire ?
Revenons-en à
la trilogie des mots d’ordre évoqués ci-dessus
:
Transfert des pouvoirs,
Recentrage des missions de l’Etat,
Maîtrise des dépenses publiques.
La réponse
qui sera apportée à ces trois mots d’ordre
conditionnera le résultat de la réforme de l’Etat
qui sera mesuré par le degré d’adhésion
des citoyens à celle-ci. Le premier mot d’ordre
étant par essence politique et semblant en voie de
réalisation, nous nous attèlerons à approfondir
les deux autres.
Recentrage
des missions de l’Etat
Le concept de recentrage
des missions au « cœur du métier »
n’est ni particulier à l’Etat, ni nouveau.
Les entreprises du secteur concurrentiel connaissent la mise
en œuvre de ce concept depuis longtemps, ce qui est tout
à fait normal pour un secteur qui est motivé
par le résultat.
L’Etat en
est venu à ce concept, depuis que la charge financière
de ses obligations a atteint des proportions intolérables
rendant nécessaire l’abandon de certaines activités
totalement étrangères à ses missions
régaliennes.
En bref, ce concept
conduit à transférer au secteur concurrentiel
toutes les activités ne relevant pas des missions régaliennes
de l’Etat. Il s’agit de pans entiers des domaines
industriels et du tertiaire, mais aussi à l’intérieur
des entités administratives chargées de gérer
les missions régaliennes l’introduction, de ce
qui a été défini comme la méthode
de l’externalisation. Cependant, la mise en œuvre
des mesures imposées par ce concept a connu des fortunes
diverses selon les pays d’une part, et l’appartenance
politique des gouvernements qui s’y attelaient ainsi
que de la culture de ces pays, d’autre part.
Le Royaume-Uni
est le pays qui est allé le plus loin dans ce sens.
Malheureusement, la volonté politique s’est manifestée
très fortement avec une certaine précipitation
et inflexibilité et bien que les objectifs financiers
aient été atteints, les résultats, en
terme d’efficacité et de qualité des services
rendus par le secteur concurrentiel ayant récupérés
ces domaines, n’ont pas été toujours convaincants.
L’image qui
a accompagné la méthode britannique de l’externalisation
(outsourcing) a été fort dommageable pour le
concept, qui, par ailleurs, s’est révélé
particulièrement efficace en matière de remise
en ordre de l’organisation des services et des finances
de l’Etat.
En France, le recentrage a commencé par une extension
du domaine industriel et tertiaire de l’Etat, dans le
cadre du programme commun, pour finir dans démantèlement
total de ce secteur par un programme de privatisations qui
n’a plus connu de ralentissement, malgré des
slogans pouvant conduire à penser l’inverse.
Il est intéressant
de constater que la politique des privatisations a été
menée aussi bien par des gouvernements de gauche que
de droite. Les seules différences se situent au niveau
de la sémantique et ce, pour rassurer une société
particulièrement attachée aux principes du «
service public » bien que consciente de la nécessité
de réformer.
Enfin, il n’est
pas inutile d’observer le rôle incitateur de l’Union
européenne dans le sens du recentrage, tout en constatant
que la Commission européenne ne s’applique pas
les règles qu’elle impose aux Etats-membres.
Notre prochain éditorial sera consacré à
la restructuration des institutions européennes
Pour conclure,
le principe de la mise en œuvre du concept du recentrage
est aujourd’hui admis, mais reste à définir
la notion de « service public » qui permettra
de délimiter le périmètre de ce qui relève
des missions régaliennes de l’Etat
Maîtrise
des dépenses publiques
La dernière
péripétie relative au respect du pacte de stabilité
par la France et l’Allemagne montre l’importance
de ce mot d’ordre par rapport aux deux autres. Or, le
recentrage comporte deux aspects.
Celui du transfert
des activités relevant du domaine du secteur concurrentiel
a comme conséquence immédiate de supprimer des
charges de l’Etat les obligations découlant de
ces activités.
En revanche, celui
de la réorganisation des administrations et du transfert
au secteur concurrentiel de certains métiers concourant
à la gestion des missions régaliennes ne supprimera
pas la charge. En effet, même si c’est le secteur
concurrentiel qui assumera les tâches, la dépense
sera à la charge de l’Etat. Quel est donc l’intérêt
de ce transfert ?
L’expérience
dans le secteur concurrentiel montre, que les tâches
exécutées par des entreprises qui font de ces
tâches le cœur de leur métier, le font mieux
qualitativement, plus efficacement et moins cher. Il y a tout
lieu de croire qui ce constat se révélera vrai
dans l’administration publique. Ce qui est, toutefois,
certain, est que l’Etat sera en mesure de maîtriser
la dépense.
Pour réussir
cette réforme et surtout pour éviter les errements
expérimentés au Royaume-Uni, il convient de
respecter le schéma suivant :
- L’étude
du fonctionnement et des coûts de la logistique
- Le choix du périmètre qui pourrait être
confié au secteur concurrentiel
- La rédaction du cahier des charges détaillées
des obligations du prestataire et des objectifs de qualité
et financières poursuivis
- L’organisation du contrôle du prestataire
- La mise au point du tableau de bord de l’exécution
du contrat permettant de s’assurer du déroulement
de la prestation conformément au cahier des charges
Il n’est
pas question à ce stade d’analyser chacun des
éléments de ce schéma, mais il est important
de signaler que le recours aux nouvelles technologies de l’information
est la condition sine qua non de la réussite du projet.
S’il y a un secteur où la spécialisation
pointue est indispensable est bien celui-ci et se prête
parfaitement à l’externalisation. Le succès
de la e-administration est à ce prix.
Concernant l’externalisation,
il faut éviter qu’elle soit conçue comme
l’abandon de toute responsabilité dans la gestion
d’une tâche logistique. Cela fut le cas au Royaume-Uni
et explique les échecs constatés. Le remède
à cet état de fait est la technique américaine
du facilities management.
Cette technique permet à l’externalisant de garder
la maîtrise de la tâche et de transférer
à l’externalisé la responsabilité
de l’exécution de la tâche. Pour l’utilisateur
interne à l’Administration, comme pour l’usager
externe, il ne perçoit aucune différence par
rapport à la situation passée, si ce n’est
qu’une qualité de service supérieure tant
du point de vue des applications que de celui des outils physiques.
La technique du
facilities management qui a fait ses preuves aux Etats-Unis,
dans une très grande échelle, au sein du secteur
concurrentiel comme dans celui du public, présente
cinq avantages majeurs :
- La gestion
de la complexité des processus et des applications
se fait au niveau central par des professionnels dédiés
à la discipline qui est la leur et des entreprises
qui vivent de leur métier. Les uns et les autres doivent
fournir rapidement les solutions exigées par leurs
clients, de les déployer, de les maintenir et d’assurer
leur mise à niveau, faute de quoi elles sont appelées
à disparaître.
- Les utilisateurs n’ont plus qu’à faire
usage des solutions déployées sans ce soucier
de savoir qui développe et qui maintien quoi. Ils auront
à leur disposition d’une hotline qui résoudra
leurs problèmes en un temps record, car dans le secteur
concurrentiel time is money.
- La formation est dispensée par le prestataire de
service qui a intérêt de l’assurée
au niveau le plus élevée, afin de limiter le
recours à la hotline pour des questions relevant de
la formation.
- La dépense est maîtrisée car prévisible
dès lors que le prestataire facture l’usage qui
en est fait des applications. De ce fait le client peut moduler
sa dépense en toute connaissance de cause
A ces avantages
s’ajoutent ceux découlant de la simplification
de la gestion des ressources humaines, des locaux techniques,
des consommables, des machines et de leurs entretiens, des
stocks etc.
La mise en œuvre
de cette technique doit être accompagnée d’une
restructuration des ressources humaines et d’une réorganisation
des méthodes de travail. Il faut, en effet, profiter
de cette décision et aussi de l’introduction
de solutions fondées sur les nouvelles technologies
de l’information pour rénover et valoriser les
fonctions qui seront exercées en interne. Ainsi, la
nouvelle organisation sera perçue de manière
plus favorable par les intéressés.
Le
service public
Chaque fois qu’un
projet visant à moderniser ou à réorganiser
une administration publique, les adversaires du mouvement
crient à l’atteinte au service publique. Et dès
que l’opinion est confrontée à cette rumeur,
elle prend immédiatement partie en faveur du service
public. Tout ce qui appartient à l’Etat semble
être revêtu de la notion de service public et
ce revêtement dispense la qualité de sanctuaire
à l’entité ainsi perçue.
Tout le monde est
d’accord pour considérer que la propreté
des villes relève du service public, personne ne s’en
offusque si la propreté n’est pas au rendez-vous,
mais tout le monde s’insurgera si, pour améliorer
le service, il était fait appel à une société
du secteur concurrentiel…Il est possible de multiplier
à l’infini ce type d’exemple. Tout laisse
à croire que les Français sont aussi en faveur
du mot d’ordre moins d’Etat mais pas dans le sens
du transfert de l’exécution des tâches
vers des structures plus efficaces, mais dans le sens que
l’Etat doit assurer certaines tâches avec discrétion.
D’accord pour renforcer la sécurité routière
par des lois plus sévères mais sans se doter
les moyens pour les appliquer !
Le moment est sans
doute venu de se pencher sur cette question, de définir
ce qu’est le service public, de délimiter son
périmètre et de rédiger une charte des
obligations de qualité et de fonctionnement de ce service.
Les outils technologiques
Il est important
de faire prendre conscience aux responsables de l’administration
publique et à leurs collaborateurs que les nouveaux
outils technologiques sont des outils de gestion et non pas
des fournitures de bureau. La mise en place de deux PC dans
une même administration n’est pas seulement la
dotation de deux individus en outils de gestion puissants
mais c’est surtout la mise en relation de ces deux personnes
entre elles quelque soit la distance qui les sépare.
Par le passé,
pour mettre les gens en relation il était nécessaire
de créer des bureaux ouverts qui étaient considérés
par certains comme portant atteinte à l’intimité
des personnes. Aujourd’hui, ce problème est résolu
par les PC qui assurent les relations entre collaborateurs,
mais aussi entre les collaborateurs et leurs clients ou entre
l’administration et les usagers.
Le PC n’est
plus un outil graphique mais un moyen de communication et
de partage de la connaissance. L’absence en congé
d’un collaborateur, ne doit pas empêcher la tâche
qu’il accomplit d’être effectuée
par une autre personne sans qu’il y ait besoin de créer
un dossier temporaire qui sera ensuite régularisé
par le titulaire. Tout est réglé comme si le
titulaire était présent.
Le partage de la
connaissance accroît la flexibilité du travail
et assure la transparence de l’exécution des
tâches. Il renforce le sentiment d’appartenance
à une communauté et crée l’esprit
de corps. Il permet enfin, la mise en place de veilles permettant
des interventions préventives pour éviter des
crises.
Les fonctionnalités
que nous venons d’évoquer ne sont qu’une
infime partie de ce que peuvent faire les nouveaux systèmes
d’information et les outils qui les accompagnent. C’est
dire que leur introduction dans un milieu de travail rend
nécessaire restructuration de ce milieu.
Cette restructuration
concernera les méthodes de travail, les processus décisionnels
et de production, l’architecture organisationnelle,
la nature des liens hiérarchiques et des fonctions,
les compétences requises, l’architecture des
lieux. La restructuration devra être accompagnée
par un dialogue permanent avec ceux qui la mettront en œuvre
et qui la feront vivre, par de la formation intensive et par
une veille constante pour prévenir tout malaise.
L’absence
d’une démarche de ce type ne peut être
que contre produisant et conduire à l’échec
ou pour le moins à un questionnement quant à
l’utilité de ces systèmes et outils.
En
guise de conclusion sommaire
La réforme
de l’Etat n’est pas nécessaire parce que
les choses vont mal, mais parce qu’il s’agit d’un
processus naturel d’adaptation aux changements de la
société et à l’évolution
des technologies. Ce processus doit être permanent,
aujourd’hui plus qu’hier, car l’accélération
de l’évolution technologique est exponentielle
et que le retard d’une année dans la mise en
œuvre d’un projet représente trente années
de retard comparé à 1970.
Ce qui est plus
grave encore, c’est que les enjeux aujourd’hui
se situent au niveau des autoroutes de l’information.
Sans information pas de salut !
Or le danger, au
cas où les décisions ne seraient pas structurées
et prises au bon moment, est de rester à la marge de
ces autoroutes et de périr par manque d’information
ou par défaut de pouvoir communiquer.
Les inondations,
les feux des forets, les conséquences de la canicule,
ne sont que les prémices de ce qui se passera lors
d’événements plus graves ou simplement
plus inattendus. Il existe aujourd’hui des systèmes
de veille appelés crash management system qui permettent
non seulement d’alerter en prévision d’un
danger mais de prévoir aussi les actions à entreprendre
pour éviter les catastrophes.
Ces systèmes comportent des éléments
d’intelligence qui leur permettent d’analyser
et pas seulement de comparer. Ils sont capables d’alerter,
de prévoir, de conseiller et d’agir. La cause
la plus importante du retard constaté en matière
décisionnelle et dans celle de la mise en place, est
l’entêtement de l’Administration de vouloir
développer elle-même ces systèmes alors
qu’ils sont sur le marché. Il y dans ce domaine
une réflexion sérieuse à conduire par
l’Autorité politique.
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